Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

Une belle expérience en Inde

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Partis en Inde à la découverte du pays et de ses habitants, deux itinérants, menuisier et ébéniste, partagent avec nous leur aventure humaine et professionnelle.

L’ENTREPRISE

Avec Jérémy Jacquier, nous sommes partis pour Calcutta (on peut aussi dire Kolkata), travailler dans l’entreprise « Terra Indica ». Elle a été créée il y a huit ans par Christophe Plais, un Français maintenant installé en Inde. Son histoire dans ce pays commence il y a une vingtaine d’années, lorsqu’il décide de s’investir dans une association humanitaire locale. Ébéniste diplômé de l’école de Saint Luc en Belgique, il crée rapidement un atelier de formation en ébénisterie au sein de l’association et donne des cours de menuiserie et de construction de meubles à des adolescents indiens. Par la suite, il décide de monter une entreprise qui lui permettrait d’embaucher directement des jeunes venant de cette association et de leur donner du travail et une formation pour qu’ils puissent ensuite occuper une place convenable dans la société (chose difficile dans ce pays de plus d’un milliard d’habitants !). Maintenant bien installé, il est établi au centre de Calcutta, son entreprise possède des départements peinture, ébénisterie, serrurerie et emploie vingt-deux personnes.

Un exemple de mobilier sculpté réalisé par Terra Indica

Un exemple de mobilier sculpté réalisé par Terra Indica

Élaboration d'une ligne design de mobilier de bureau

Élaboration d’une ligne design de mobilier de bureau

L’ASSOCIATION

L’association qui s’appelle « Ashalayam » a été créée par des pères catholiques, elle possède une trentaine de foyers à Calcutta, hébergeant chacun une vingtaine d’enfants. Ces enfants âgés de 2 à 18 ans viennent de la rue. Beaucoup ont vécu seuls dans la grande gare « Howrah » de Calcutta et d’autres ont vécu sur le trottoir. Chacun a une histoire différente, mais toutes sont terribles. Certains ont été jetés dehors par leur famille trop pauvre pour les nourrir, d’autres ont simplement été perdus dans une foule par leurs parents… Mais tous ont dû se débrouiller seuls très jeunes pour se nourrir et survivre. Des personnes volontaires de cette association vont régulièrement dans les rues à la rencontre de ces enfants pour leur parler et leur proposer une chance de vie peut-être meilleure.

Les enfants de l'association Ashalayam

Les enfants de l’association Ashalayam

Une fois arrivés, les jeunes vivent ensemble dans de grands dortoirs, sur une natte à même le sol et participent tous à la cuisine, la vaisselle, l’entretien et adoptent petit à petit un rythme qu’ils n’ont jamais connu dans la rue. Chacun reçoit donc de nouveaux vêtements et se lève le matin à heure fixe. Chacun possède quelque chose à lui, habit, livre… Et chacun va à l’école. Après la scolarité primaire, ils peuvent choisir une voie propre et apprendre un métier. Chaque jeune doit quitter l’association à 18 ans, et c’est ainsi que certains se tournent vers l’entreprise Terra Indica qui leur permet de ne pas se jeter directement dans la vie active. Une fois dans l’entreprise, ils peuvent obtenir un petit travail qui leur permet de payer la fin de leurs études. D’autres peuvent même passer des concours et quatre d’entre eux ont ainsi pu partir faire des études de commerce aux États-Unis, une grande chance dans un pays où il est très difficile d’obtenir un visa.

LE PROJET

Plusieurs Pays ont déjà participé à ce type de projet, les premiers volontaires sont partis il y a presque dix ans, dans les débuts de l’association ; depuis, tous les ans, un ou deux itinérants se portent volontaires pour vivre cette aventure. Nous sommes donc partis en Inde, aiguillés par le pays Thibault Delsol. Une fois sur place, nous avons travaillé avec les Indiens, dont la plupart avaient entre 18 et 25 ans. L’entreprise fait de l’ébénisterie traditionnelle de style colonial : l’influence anglaise est très marquée dans ce pays dans beaucoup de domaines (architecture, mobilier, tenues vestimentaires…). L’objectif était, dans l’atelier, d’échanger le plus possible avec eux et de réfléchir ensemble pour adapter le travail à leurs capacités et aux moyens de l’entreprise, qui possède deux petites machines combinées dont ils se servent très peu, car ils sont plutôt habitués à tout faire à la main. Afin de les faire bénéficier de notre savoir-faire avec les machines, nous avons travaillé en équipe avec eux afin de les sensibiliser au gain de temps et à la qualité de travail qu’elles peuvent apporter. De leur côté, ils nous ont montré ce qu’ils savaient faire et ensemble nous avons convenu des meilleures méthodes à utiliser.

Un dessin vaut mieux qu'un long discours pour franchir la barrière de la langue...

Un dessin vaut mieux qu’un long discours pour franchir la barrière de la langue…

Même si techniquement nos méthodes sont souvent plus efficaces, pendant tout ce séjour, nous avons dû faire preuve de compréhension et de tact envers eux qui découvraient le travail sur les machines-outils ; le but du voyage n’étant pas de nous placer en maîtres exigeant que le travail soit fait à notre manière, mais plutôt dans le cadre d’un échange leur permettant d’améliorer leur technique. Nous avons aussi donné des cours du soir à deux jeunes en formation pour devenir architectes, maîtres d’œuvre : c’était principalement des cours de dessins, de perspectives, dessins d’objets, de pièces à usiner, etc. Ainsi que des exercices de vues sur différents plans (vues de dessus, de côté et de face), tout cela pour terminer par des dessins de meubles avec le logiciel Autocad. Nous avons aussi donné quelques cours à toute l’équipe qui travaille dans les bureaux sur les mouvements du bois (rétractabilité, assemblages, bases de fabrication, etc.), quelques bases sur le métier et des cours d’histoire de l’art à travers le monde et dans tous les domaines, le tout en anglais. Un exercice qui nous a profité aussi, à nous itinérants : c’était l’occasion d’une bonne révision de nos cours et de nos connaissances, mais aussi de recherches dans les livres et sur internet.

Apprentissage du travail à la machine

Apprentissage du travail à la machine

LE VOYAGE

Ce projet nous a donné l’occasion de voyager ; d’abord à Calcutta, la « cité de la joie », où nous avons passé la plus grande partie de notre temps et où nous avons travaillé ; nous avons consacré plusieurs journées à nous promener et à découvrir les choses les plus étonnantes, du monumental Victoria’s Mémorial aux cabanes sous les ponts et du grand pont d’Howrah aux bains quotidiens dans l’Hooghly (bras du Gange).

Rencontre avec un singe à Darjeeling

Rencontre avec un singe à Darjeeling

Et puis, nous avons fait deux grands voyages : le premier d’une semaine à Darjeeling, au nord-est de l’Inde, au début de la chaîne himalayenne ; là, nous avons pu découvrir les plantations de thé, les nombreux bouddhistes et faire une randonnée de plusieurs jours dans le parc naturel de Singalila où nous avons pu admirer une bonne partie de la chaîne de l’Himalaya. Un bol d’air frais après notre premier mois dans la chaleur étouffante de Calcutta.

Vue vertigineuse sur la chaîne de l'Himalaya

Vue vertigineuse sur la chaîne de l’Himalaya

Ensuite, nous avons fait un second voyage d’une dizaine de jours, au départ de Calcutta, jusqu’à Delhi, en passant par Bénarès, Khajurâho et Agra. Bénarès, la cité sacrée sur le bord du Gange, où les vaches encombrent les ruelles et les gens prient par milliers. Khajurâho, un petit village perdu autour duquel ont été bâtis plus de quatre-vingts temples hindous sculptés de multiples dieux, de scènes de la vie quotidienne et de scènes érotiques du Kama-sutra.

Sculptures d'un temple hindou de Khajurâho

Sculptures d’un temple hindou de Khajurâho

Agra, une ville polluée et affreusement commerçante dans laquelle se trouve le Taj Mahal, un bijou d’architecture mondialement célèbre, entièrement en marbre blanc et rempli de détails d’une extrême finesse. Un chef-d’œuvre, pour nous ouvriers du bâtiment, que nous ne nous sommes pas lassés d’admirer. Enfin Delhi, la capitale, avec son fort rouge, ses nombreux musées et ses grandes avenues dignes des Champs-Élysées.

Incontournable photo souvenir devant le Taj Mahal

Incontournable photo souvenir devant le Taj Mahal

CONCLUSION

Au bout de trois mois, nous sommes revenus en France pour célébrer la Sainte Anne. Ce voyage a vraiment été pour nous une grande expérience, tant sur le plan matériel que sur le plan humain. Nous avons vu beaucoup de choses dons nous nous souviendrons toute notre vie, des souvenirs très forts.

Ce voyage nous a donné une vision plus large du monde, mais nous a permis aussi de réfléchir à notre propre vie et à notre société. Pour nous, sur le tour de France, qui voyageons dans notre pays où il est si facile de voyager, à la recherche d’évènements susceptibles de nous faire avancer dans la vie, un tel projet représente une grande chance : avoir l’occasion de voyager et surtout de vivre et de travailler avec les gens du pays ; savoir se remettre en question devant des gens qui ont une culture à l’opposé de la nôtre… L’entreprise Terra Indica a besoin de personnes comme nous, prêtes à travailler et à donner des cours en permanence.

Randonnée dans les montagnes à la frontière avec le Népal

Randonnée dans les montagnes à la frontière avec le Népal

Nous sommes très heureux d’avoir accompli ce voyage que nous percevons comme une magnifique étape sur notre tour de France et une marche importante gravie dans notre vie.

Florent Grisot

Pour plus d’informations sur l’association Ashalayam et l’entreprise Terra Indica :

Le site internet d’Ashalayam

La page facebook de Terra Indica

Pour découvrir quelques extraits de la revue, cliquez sur l’image ci-dessous:

Couverture CMO 333

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