Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

CHAMPIONNAT EUROPÉEN DES JEUNES CHARPENTIERS – Grenoble 2014

Préambule historique à cette aventure

La tour présentée place du Palais Royal à Paris lors des sélections du concours

La tour présentée place du Palais Royal à Paris lors des sélections du concours

Icône de Paris et de la France, la Tour Eiffel qui domine de ses 324 mètres la ville lumière était le clou de l’exposition universelle de 1889. Peu de visiteurs le savent sans doute mais l’histoire de la grande « dame de fer » est intimement liée au compagnonnage! Ce sont en effet des compagnons charpentiers bois qui ont érigé la Tour Eiffel. Les hommes de cette équipe d’élite étaient placés sous les ordres d’Eugène Millon, ils émanaient des deux sociétés de charpentiers présentes avant-guerre : le devoir de Soubise (bons drilles) et le devoir de Salomon (ou devoir de Liberté). Pour l’histoire, ces deux rites ont fusionné en 1945 pour devenir les « compagnons charpentiers des devoirs »; ces derniers sont membres fondateurs de la Fédération Compagnonnique des Métiers du Bâtiment (FCMB).

En choisissant comme emblème des manifestations mises en place à l’occasion de ce concours européen un modèle réduit en bois (huit mètres de haut) de ce prestigieux monument, les organisateurs ne se sont donc pas trompés!

La FCMB Échirolles

Échirolles fait partie de la communauté d’agglomération « Grenoble Alpes Métropole », appelée couramment « la Métro » et qui réunit 27 communes.

Les compagnons d’Échirolleslogo-CEJC2013 « cheville ouvrière » d’un championnat pour charpentiers, ce n’est pas banal ! Cet honneur d’accueillir le championnat des jeunes charpentiers que certains des leurs avaient sollicité en 2012 auprès des instances européennes, la fédération régionale a su l’accompagner, le prendre à bras le corps, porter haut le métier de charpentier et aussi les valeurs du compagnonnage.

On trouve des traces historiques du compagnonnage à Grenoble (devoir de Salomon) en 1879 ; dans le compagnonnage d’après-guerre, c’est à partir de 1972 que la Fédération compagnonnique prend son essor,voyant successivement se construire un foyer d’hébergement, des ateliers et le dernier chantier réalisé en 2013 : « la campagne » de Veyrins qui remplace celle de la Bâtie Montgascon.

La campagne de Veyrins-Thuellin récemment inaugurée

La campagne de Veyrins-Thuellin récemment inaugurée

Une évolution permanente, bien orchestrée par les CA successifs avec actuellement un compagnon charpentier, Cyrille Hureau, à la présidence et l’omniprésent directeur Jean-Marie Mazière qui est lui compagnon menuisier.

Il est traditionnellement demandé aux dirigeants associatifs de gérer « en bons pères de famille » les biens qui leur sont confiés; aussi, m’appuyant sur mon âge et le regard que je porte au compagnonnage depuis toutes ces années, je peux affirmer que la gestion des hommes et des biens que mène cette équipe est exemplaire, à citer en exemple!

Si aujourd’hui nous avons cette forte présence de jeunes compagnons charpentiers aux différents concours européens et mondiaux, c’est en grande partie grâce à une véritable osmose inter corporative que ces compagnons de tous corps d’état ont su créer à Échirolles.

Une capacité à rassembler qui va bien au-delà du compagnonnage car, pour réussir dans cette entreprise, il fallait convaincre les financeurs potentiels et ce, particulièrement, dans le secteur des professions du bois et des sociétés d’outillage les concernant.

« Le train » s’est mis en route, entraînant sans distinction dans son élan grands groupes industriels, entreprises, artisans, ouvriers et compagnons; chacun, en fonction de ses moyens, mettant « la main à la poche » pour financer ce projet à la gloire du travail dit manuel… Ce n’est pas si courant, pour ne pas le crier haut et fort!

Quand elle est ainsi motivée, la France est forte!

UN MONDE A LA RECHERCHE DE L’EXCELLENCE : Des expositions pour le découvrir

Le trait de charpente

Un candidat au travail sur son épure

Un candidat au travail sur son épure

Pour illustrer cet art du tracé, 80 épures du début XIXe à nos jours étaient exposées et on avait aménagé un espace de démonstration de CAO/DAO en charpente – du « tire-ligne » aux logiciels les plus sophistiquées – aurait-on pu titrer !

Les nouvelles technologies au service des savoirs enseignés par les compagnons étaient bien présentes… De quoi tordre le cou aux images passéistes qui sont parfois accolées au compagnonnage, et démontrer, car il en est besoin, que, oui, il est possible de conjuguer avec bonheur éthique, progrès et traditions, « c’est une question de conscience professionnelle » avait dit Raoul Vergez dans son film, « La pendule à Salomon ».

L’art du tracé de charpente, qui représente pour l’homme de métier la maîtrise de la conception en trois dimensions d’un édifice complexe en bois, voit les compagnons lui reconnaître en plus une portée symbolique et initiatique, qui demeure confidentielle…

Ce savoir-faire traditionnel va à contre-courant de la standardisation contemporaine en valorisant la place de « l’homme bâtisseur » dans la construction, ouvrant une large place à sa pensée créatrice.

Cet art occupe un rôle central dans le système de valeurs des Compagnons du Tour de France.

Des chefs-d’œuvre MOF

Un des chefs-d’œuvre exposés

Un des chefs-d’œuvre exposés

Pour honorer comme il se doit ces éléments inscrits au PCI, il fallait une présentation de haut rang; la FCMB Échirolles a battu le rappel sur le Tour de France et plusieurs compagnons ont accepté de prêter exceptionnellement pour cette occasion leur chef-d’œuvre de Meilleurs Ouvriers de France. Quinze pièces uniques réalisées par des compagnons lauréats de toute la France*, du début du concours à la dernière édition, étaient proposées sur l’espace du salon.

Rappelons que le titre de « Meilleur Ouvrier de France » fut créé à l’initiative du journaliste et critique d’art Lucien Klotz qui lança, dès 1913, l’idée d’une grande « Exposition Nationale du Travail ». Ce projet se concrétisa en octobre 1924 avec la création d’un comité d’organisation présidé par Albert Lebrun et une première exposition se tint pour désigner le maître ouvrier parmi les meilleurs compagnons du moment.

Ce concours exige des mois voire des années de préparation et de travail pour espérer réussir le sujet et être couronné par le jury comme « l’un des Meilleurs Ouvriers de France ».

Le comité d’organisation national est aujourd’hui présidé par Gérard Rapp, imprimeurMOF, que nous saluons.

Le Berryer, 1845

Le Berryer, 1845

Une œuvre historique de 1845

Ces pièces remarquables des MOF entouraient le prestigieux « Berryer », du nom du célèbre avocat parisien qui avait défendu les compagnons charpentiers de Paris, accusés des délits de grève et de coalition.

Il a été prêté par la cayenne de Paris que l’on peut remercier, car ce chef-d’œuvre d’exception fragilisé par les ans ne sort jamais du fief des compagnons charpentiers des devoirs, au 161 avenue Jean Jaurès à Paris!

Peu de gens l’ont découvert… les compagnons eux-mêmes ne le connaissent pas tous! Mais tous ceux qui l’ont vu sont unanimes: c’est un chef-d’œuvre qui assemble avec élégance les preuves d’un immense savoir!

 

LES ÉPREUVES

Les candidats

Pour cette onzième édition, le chef expert était l’Italien Alexander Schotzer, charpentier lui aussi, et qui fut en 1994 le premier lauréat de ce Championnat Européen.

Neuf pays étaient en lice :

  • 5 au niveau professionnel : l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la France et la Suisse
  • 4 au niveau amateur : la Hongrie, le Luxembourg, l’Italie et le Royaume Uni.

C’est Ullrich Huth, Président de la Fédération Européenne de la construction bois, qui a ouvert ce 11e championnat (Europäischen Vereinigung Holzbaus – EVH); il a, en termes chaleureux, encouragé les compétiteurs : « Sans avoir moi-même concouru dans cette épreuve, pour l’avoir suivie pendant 5 ans, j’en connais les difficultés ; vous avez prouvé que vous êtes les meilleurs dans votre pays d’origine et vous vous êtes préparés à l’épreuve de Grenoble avec acharnement. Il faut du courage pour le faire… cette intense préparation que vous avez effectuée vous sera de la plus grande utilité dans votre carrière, tant sur le plan professionnel qu’humain. L’EVH a au moins trois bonnes raisons pour organiser ce championnat :

  • Attirer l’attention sur ce métier
  • Rendre compte du niveau de formation et d’excellence professionnelle dans les différents pays
  • Contribuer à des échanges d’expériences au-delà des frontières, afin d’optimiser et d’harmoniser les formations au métier de charpentier ».

Il n’a évidemment pas manqué de remercier sponsors et partenaires dont l’engagement a permis cette manifestation.

L’équipe de France

Candidats et encadrement de l'équipe de France

Candidats et encadrement de l’équipe de France

Les trois candidats, Lucas Bonnier (FCMB), Quentin Tharreau (AOCD) et Thomas Varin (AOCD) étaient encadrés par l’expert français Tommy Dugelay et deux tuteurs, Elwin Monziès et Flavien Parent; Jonathan Lahaye faisait également partie de l’entourage nécessaire à « l’univers » de ce championnat. Ces quatre compagnons constituaient le meilleur encadrement possible car tous sont d’anciens candidats et connaissent donc bien tous les rouages de la machine.

N’oublions pas que c’est grâce à eux et autour d’eux que s’est construit cet événement.

Un des candidats français assemble sa pièce

Un des candidats français assemble sa pièce

Puis ce fut l’âpre combat contre la montre ! En un temps record, il s’agissait de réaliser une pièce complexe de charpente avec des impératifs on ne peut plus contraignants ! Imaginez, chaque rature sur l’épure ou sur le tracé des pièces, chaque retouche d’un assemblage sont synonymes de perte de points… Pour viser le podium il faut être au mieux de sa forme ! Dans cet exercice et malgré ces pénalités, les notes des premiers se situent toujours au dessus de 15/20 : pas de doute, on est dans l’excellence !

Le jour J

Pendant le concours...

Pendant le concours…

Alors que tous se retrouvaient à la soirée de gala, brillamment animée par l’orchestre de Gilles Pellegrini, le jury corrigeait les pièces des candidats… Pour tous, candidats, familles, accompagnateurs, c’était l’attente ; les téléphones sonnaient… en vain ! Il fallait attendre le dimanche matin pour savoir, mais rien n’empêchait de supputer les chances de chacun ! Pour l’équipe de France nous fondions de grands espoirs, tant sur le plan individuel que par équipe…

Enfin le verdict tomba… Mais seulement après les discours!

On écouta en premier Ullrich Huth, président de l’EVH, puis Philippe Roux de la Fédération Française du Bâtiment Union des Métiers du Bois et Thierry Touzard, président de la CAPEB. Les trois se sont attachés à confirmer l’importance pour le métier de ce championnat, se disant touchés par ces talents et confiants en l’avenir du métier ; ce sont des « discours du cœur » que prononcèrent ces connaisseurs des métiers du bois ; unis, ils le furent aussi dans leurs remerciements aux sponsors, à la FCMB Échirolles et à tous ces bénévoles dont le travail dans l’ombre a apporté un rare éclairage sur les charpentiers…. Et bien évidemment à JM Mazière pour son engagement!

Christophe Chambon, représentant la société Velux, sponsor principal du championnat, est venu lui aussi souligner l’importance d’être partenaire de ces hommes qui connaissent si bien les célèbres fenêtres de toit de la société Velux.

Le palmarès

Les candidats rassemblés sur le podium

Les candidats rassemblés sur le podium

Tout d’abord, dans la catégorie amateur, le Luxembourgeois Daniel Stolz et l’Italien Thomas Egger se partageaient la médaille d’or tandis que le Britannique Mathias Buch recevait la médaille de bronze.

La tension monta d’un cran au moment où le chef expert Alexander Schotzer déplia la feuille où figuraient les résultats du concours professionnel :

Là encore, il y avait deux ex æquo pour la médaille d’or, l’Allemand Simon Rehm et le Français Quentin Thareau, la médaille de bronze revenant à un autre Allemand, Kevin Weidner.

Quentin Thareau, compagnon du devoir, m’avoua avoir douté pendant les sélections, là il était ivre de bonheur ! Il n’était pourtant pas au bout de ses émotions…

En effet, au classement du championnat européen par nation, ce sont la France et l’Allemagne qui se sont vu attribuer conjointement la médaille d’or, le podium étant complété par la Suisse qui a remporté la médaille de bronze. Il faut savoir qu’entre ces trois pays, il y avait bien peu d’écart… parfois seulement quelques centièmes de point !

Cette distinction vient récompenser deux années d’une préparation intense qui s’est rajoutée au travail quotidien des candidats et trois jours de stress extrême.

C’est une bien belle jeunesse européenne qu’on a pu voir en démonstration au palais d’Alpexpo à Grenoble, en ce début avril!

Pour plus d’informations: www.championnat-charpentiers.fr

JPC

Extraits de l’article présenté dans notre dernier numéro (et quelques pages supplémentaires en cliquant sur l’image ci-dessous):

CMO-330 couverture

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