Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

Chantier du château de Montceaux-lès-Meaux

Maçon, un métier aux nombreuses facettes

Pavillon d'entrée du château

Pavillon d’entrée du château

Être maçon, c’est aussi être acteur de l’histoire du bâti, en participant à sa construction ou à son entretien ; attention, faire référence à l’histoire, ce n’est pas seulement parler du passé ;  l’histoire, que ce soit de la construction ou de tout autre sujet, s’écrit chaque jour… même s’il est vrai que chaque coup de truelle ne passera pas forcément à la postérité.

Il existe un chantier en Europe qui illustre bien cette idée : celui de la Sagrada Familia à Barcelone, chantier en cours depuis 1882, qui permet sur un même site de suivre à la fois l’évolution de sa construction et celle de la restauration des premiers éléments construits.

Du neuf à l’ancien, la palette est sans fin ; si chaque ouvrage, quel qu’il soit,  mérite le respect, il en est cependant certains qui marquent notre vie professionnelle plus que d’autres. La partie du métier qui traite de la restauration des monuments historiques entre sans conteste dans cette catégorie.

Au titre de cette histoire que l’on écrit à la truelle, la gare d’Austerlitz, dont nous vous avons déjà parlé dans C&MO, est un exemple de ce que l’évolution des techniques peut apporter à ce qui, demain, sera l’histoire du bâti…

Un chantier référence

Peut-on imaginer cela quand on a 15 ans et que l’on fait le choix d’un « métier manuel », celui de maçon ? Peut-être que oui, je le crois pour ces deux apprentis que j’ai rencontrés au travail sur le chantier de Montceaux-lès-Meaux.

Alors, ingrat, ce métier de maçon ? Quand beaucoup ont l’audace de dire que c’est le travail qui par nature est ingrat, on peut dire: « ni plus ni moins qu’un autre ! »

Aussi, quand on a la chance de commencer sa vie professionnelle par un chantier de référence, on y puise certainement  une source de motivation supplémentaire. C’est ce qui arrive à deux apprentis de l’Institut des compagnons de Mouchard qui ont la chance de travailler à la restauration d’une partie des communs du château de Montceaux-lès-Meaux dont je relate par ailleurs l’histoire.

Façade principale du bâtiment en cours de restauration

Façade principale du bâtiment en cours de restauration

La commune de Montceaux-lès-Meaux qui prête son nom au château est située dans le département de Seine-et-Marne, région Île-de-France. Proche de la région parisienne, (à 45 mn de Paris), c’est « un village » et un environnement très préservés. La nature et la forêt y sont immédiatement accessibles. Autant d’atouts qui ont dû inciter monsieur Panon, « promoteur aménageur »  des lieux, à réaliser dans ces communs huit appartements de grand standing.

L’ASL du château de Montceaux assure la maîtrise d’ouvrage, Régine Rémy en est l’architecte. Honneur ou chance, sans doute un peu des deux, elle succède à de prestigieux confrères et apporte son savoir-faire à l’histoire du bâti…

Levage des pierres pour la restauration des lucarnes

Levage des pierres pour la restauration des lucarnes

La restauration des façades et la taille de pierre sont l’œuvre de Billon S.A., une entreprise  implantée en Vendée ; c’est elle qui emploie et assure la formation des deux apprentis de l’Institut dont l’encadrement est assuré par le compagnon maçon tailleur de pierre, Estérino Selvestrel.

La pierre taillée est soigneusement déposée à son emplacement définitif

La pierre taillée est soigneusement déposée à son emplacement définitif

J’ai rencontré sur le chantier ces deux jeunes apprentis qui ont fait un choix particulier d’orientation professionnelle. Ils sont fiers, à juste titre,  de participer à cette rénovation ; dans leurs propos, je décèle un grand espoir de réussite, tant ils ont su exprimer les raisons qui les ont poussés dans leur choix.

Le château, son origine

S’il n’en reste que peu de chose, il s’en trouve assez cependant pour mesurer le faste qu’a connu le lieu !  Détruit peu d’années après la Révolution, il n’en subsiste donc aujourd’hui que quelques majestueuses ruines qui se posent comme des pointillés du fastueux passé, des éléments qui permettent de mesurer la qualité du bâti. Les terrasses qui se succèdent dessinent le périmètre de l’immensité du parc, également disparu. Visibles encore, une chapelle, les bâtiments de l’avant-cour, transformés en maison bourgeoise et la partie Est du château, devenue un corps de ferme. C’est là que travaillent ces deux apprentis.

L'ancienne chapelle du château fait partie des éléments réhabilités

L’ancienne chapelle du château fait partie des éléments réhabilités

Sa construction commence vers 1520 par la famille Saligaut (ou Saligot). Mais déjà en 1504, un acte indique que Michel Saligaut, seigneur de Montcealx et de Montretout en Brye, s’engage à fonder une chapelle dédiée à la Vierge au « chasteau dudit Montcealx ».

Sa petite-fille, Marie Saligaut, l’apporte en dot en 1531 au notaire et secrétaire du roi, Jean Laguette, enrichi grâce à sa charge de « receveur des finances extraordinaires et des parties casuelles ». Aussi peut-il en 1544 faire reconstruire le château de Montceaux. L’architecte, inconnu, a prévu de séparer les étages par un entablement avec triglyphes pour l’ordre dorique et avec enroulements pour l’ordre ionique. C’est la première application en France du système indiqué par Vitruve et enseigné par Sebastiano Serlio qui se trouve à Fontainebleau depuis 1541.

Est-ce la construction qui attire l’attention du roi Henri II et la chute de Laguette ? Toujours est-il qu’en 1555, Jean Laguette, accusé de malversations, doit lui céder le château à peine achevé…

Le château des reines

Catherine de Médicis

Un an plus tard, le roi Henri II offre ce château à sa femme Catherine de Médicis qui en apprécie le site. C’est là que l’histoire de ce château va entrer dans l’Histoire de France.

 La reine en confie l’embellissement à Philibert Delorme. Ce n’est pas un inconnu pour les compagnons et en particulier pour les charpentiers, l’homme est l’initiateur de l’assemblage de bois qui permet de fabriquer des pièces de bois à grande portée, poutres en « lamellé cloué » à l’époque, technique qui  aboutira plus tard à la charpente en « lamellé collé ». Le principe de cette charpente « à la Philibert Delorme » fut employé pour la construction, entre autres, de gymnases dans les prisons (opération EURONEF). D’autres artistes, tels que Jacques Androuet du Cerceau, le Primatice ou Salomon de Brosse participeront aux transformations successives et aux décorations de la propriété.

La charpente du pavillon d'entrée entièrement rénovée

La charpente du pavillon d’entrée entièrement rénovée

Gabrielle d’Estrées

Après la mort de Catherine de Médicis et un passage entre les mains de ses créanciers, le château est acheté le 25 mars 1596 par Gabrielle d’Estrées pour 39 000 écus, cadeau probable de son amant le roi Henri IV qui l’élève au titre de marquise de Montceaux.

Gabrielle d’Estrées qui se voit future reine de France entreprend de reconstruire le château ; en 1597, elle confie les travaux à Jacques II Androuet du Cerceau ; elle n’en verra jamais la fin car en 1599 elle  meurt subitement, alors que le corps de logis et les pavillons sont presque terminés…

Marie de Médicis

Henri IV offre le château à sa femme, Marie de Médicis, en 1601, après la naissance du Dauphin. Les travaux continuent lentement à partir de cette date et sont confiés en 1608 à Salomon de Brosse, neveu de Jacques II Androuet du Cerceau. Il apporte quelques changements au projet de son oncle. Une grande salle de bal est aménagée dans l’aile gauche. L’étage du pavillon d’entrée est converti en chapelle.

Mais, après que la reine a décidé de construire le Palais du Luxembourg, les travaux s’arrêtent, en 1622.

Grandeur et décadence…

Le château, propriété de la Couronne, est donné en 1783 au prince de Conti qui a transformé un pavillon d’entrée en pavillon de chasse. Confisqué comme bien national en 1793, sa démolition commence en 1799, ne laissant subsister que quelques éléments de l’avant-cour et des ailes du château…

Les ruines du château des Reines parsèment l'ancien parc

Les ruines du château des Reines parsèment l’ancien parc

Les travaux engagés sur cette partie vont sauver un ensemble qui méritait de l’être et permettre à des jeunes de marcher sur les traces des anciens.

JPC d’après visite et les sources fournies par Estérino Selvestrel

Couverture du numéro 327

Sur internet:

Billon SA, en charge des travaux de maçonnerie et taille de pierre

Ateliers Perrault Frères, en charge des travaux de charpente

L’Institut Européen de Formation des Compagnons du Tour de France

Publicités

Commentaires sur: "CMO n°327 – juillet 2013" (2)

  1. Je constate malheureusement qu’après deux ans d’apprentissage en temps que menuisier chez les compagnons du devoir à la Rochelle et beaucoup de promesses pour faire le tour de France, notre fils qui devait commencer son tour par Rouen, n’a à ce jour aucune proposition d’entreprise, il lui a même été demandé de faire des recherches auprès des employeurs de la région rouennaise, en vain. Est-il nécessaire de faire rêver nos enfants
    ( puisqu’il n’est pas le seul dans cette situation ) pour les laisser au bord de la route.
    Que doivent-ils faire maintenant, abandonner leurs rêves?
    Grosse déception pour eux, et nous devons en temps que parents les ramasser à la petite cuillère.
    Que pensez vous de cette situation?
    Dans l’attente d’une réponse de votre part, recevez Madame, Monsieur nos salutations respectueuses.

    • Madame, Monsieur, bonjour,
      Si la situation de votre fils est regrettable, il est tout aussi regrettable qu’en deux années passées au sein des compagnons de l’Association Ouvrière personne n’ait pris la peine de lui apprendre qu’il existe trois associations compagnonniques distinctes en France, dont deux font de l’apprentissage. Sur ce blog, vous êtes à la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment qui, en l’occurrence, ne peut vous répondre pour l’AOCD.
      Cordialement

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Nuage de Tags

%d blogueurs aiment cette page :