Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

La vie et l’œuvre de Victor Auclair

Tribunes du club hippique de Santiago du Chili

Exposition au musée départemental du compagnonnage de Romanèche-Thorins

Quand un charpentier se passionne pour le béton !

Né à Commentry de Gabrielle Génestier et de Gilbert Auclair qui possède une scierie, Victor aura un cheminement professionnel exceptionnel, qui débute par une solide formation générale et l’obtention du baccalauréat en 1882 au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand.

C’est ensuite qu’il fait le choix du compagnonnage : il fréquente la prestigieuse école de trait de Romanèche-Thorins qui est dirigée par Pierre-François Guillon, compagnon charpentier du Devoir de Liberté. En 1884, il devient lui aussi compagnon du Devoir de Liberté, sous le nom de «Bourbonnais, l’Enfant du Progrès»… Le bien nommé car dès 1890 il intègre l’Ecole des Beaux-Arts d’architecture de Paris.

En 1897, au décès de son père, il revient au pays et prend la direction de la scierie Auclair, rue du Bourbonnais à Commentry. En 1899, le 7 février, il prend pour épouse Marie-Eugénie Rateau ; le 11 novembre 1899 naîtront de cette union une fille, Marcelle et un garçon qui ne survivra pas.

En 1904, fermeture de la scierie à Commentry, Victor Auclair pratique alors son métier d’architecte diplômé à Montluçon.

Victor Auclair

Un évènement va influencer le destin de Victor Auclair

En effet le 16 août 1906, le port de Valparaiso connut un tremblement de terre d’une amplitude importante (8,5 sur l’échelle de Richter) qui détruisit à 85% la ville. La destruction du port le plus développé du Chili et la mort de plus de 3000 personnes démontraient, une fois de plus, la vulnérabilité de ce territoire. A la suite de cette catastrophe, le gouvernement de Don Pedro Montt fonda, le 1er mai 1908, le Service Sismologique du Chili, hébergé par l’Université du Chili et dirigé par le français Ferdinand Montessus de Ballore, issu de l’Ecole Polytechnique de Paris. Celui-ci installa la première station sismologique permettant un enregistrement des mouvements du sol, sur le Cerro Santa.

C’est dans ce contexte que Victor Auclair arriva dans ce pays en 1907, avec pour volonté de poursuivre ses recherches sur un système de construction d’édifices en béton armé, capables de résister aux tremblements de terre.

Église du Saint Sacrement en cours de construction

Rapidement reconnu pour la qualité de ses ouvrages, il participe à la construction des principaux édifices de la capitale, Santiago, entre 1911et 1925 : l’église du Saint Sacrement, les tribunes du club hippique, les hangars de l’aviation civile, la Bibliothèque Nationale… Victor Auclair, compagnon charpentier devenu architecte.

Les théories de Victor Auclair sur les constructions soumises aux séismes

« A la question : Peut-on construire avec sécurité dans les pays sujets aux tremblements de terre ? Je réponds oui, trois fois oui, sans employer de moyens coûteux et avec une sécurité absolue ; sans rien sacrifier de la forme de l’édifice, de ses dispositions, de sa hauteur. Il n’y a pour cela que la résistance des matériaux appliquée sciemment et consciencieusement. A ces affirmations très précises, je ferai cependant une restriction, mais une seule, pour le cas où l’édifice se trouverait au-dessus d’une faille qui pourrait rejouer au moment du séisme, car aucune construction ne pourrait résister, suspendue au-dessus d’un gouffre.

Le tremblement de terre communique aux constructions des mouvements horizontaux ondulatoires et des mouvements verticaux (trépidations), ces derniers moins importants que les premiers. De sorte qu’une poutre fixée au sol, un mur isolé, une haute cheminée d’usine, vont vibrer de la même façon qu’un pendule renversé. Toutes les particules d’un édifice vibreront de même, soumises à l’accélération communiquée par la masse énorme de la croûte terrestre sur laquelle ils reposent. Tous les efforts occasionnés par ces mouvements viendront s’ajouter algébriquement à ceux produits par les charges statiques. Un problème dynamique vient donc se greffer sur le problème statique de sa stabilité.

Si nous prenons le cas simple de deux murs parallèles reliés par un solivage ou une charpente, les vibrations de ces deux murs devront être synchrones sinon le solivage ou la charpente tomberont sur le sol… »

L’exposition réalisée par le Musée départemental du compagnonnage

Elle rend hommage à l’homme épris de modernité et à son œuvre, témoignage de son apport remarquable dans la constitution du paysage architectural de la ville de Santiago du Chili.

Église du Saint Sacrement aujourd’hui

Victor Auclair au Chili

L’activité de Victor Auclair prit une ampleur exponentielle à partir de 1911 et lui permit très vite d’acquérir une reconnaissance au niveau national. Des premiers chantiers d’importance lui furent confiés, comme par exemple la construction de l’église du Saint Sacrement qui débuta en 1911. Cependant, les contraintes qu’il imposait à ce nouveau matériau, poussant l’audace jusqu’à atteindre une portée de 19,20 m au niveau des voûtes de la croisée du transept de la crypte, faisaient peur. A l’occasion de l’inauguration de cette même crypte, il dut d’ailleurs, afin de prouver la confiance qu’il accordait à ses calculs de résistance, descendre dans la crypte seul avec sa fille, mesurer à l’aide d’un fil à plomb la flèche de la voûte, sous le poids du regard des 2000 visiteurs venus assister à l’événement. Il dut, semble t-il, renouveler ce type d’essais à plusieurs reprises sur ses chantiers, comme pour le Théâtre Comedia ou les tribunes du Club Hippique par exemple, dont les porte-à-faux inquiétaient. Victor Auclair explique dans ses notes jointes aux photographies qu’il envoyait à son maître François Guillon de Romanèche-Thorins, que les balcons du théâtre, d’une profondeur de 2,50 m, réalisés avec la technique du porte-à-faux employée pour la première fois au Chili, « étonnèrent et effrayèrent tellement la population de Santiago que l’on dut faire des essais publics avec double surcharge qui donnèrent de magnifiques résultats ».

Hangar aux voûtes de béton d’une grande portée

Ses nombreuses recherches sur la résistance des matériaux le poussent en effet à développer les potentialités du béton jusqu’à ses limites, diminuant au maximum l’épaisseur des parois, systématisant la mise en œuvre de voiles de béton, augmentant de manière importante la portée des voûtes, utilisant de façon audacieuse la technique du porte-à-faux, permettant la construction de coupoles de grandes dimensions.

Ayant donc convaincu, il fut reconnu au sein de la profession des architectes au niveau national et participa à la création, en 1913, de la Société des Architectes du Chili dont il fut l’un des directeurs et membres actifs pendant plusieurs années.

Victor Auclair compagnon dans l’âme

L’enseignement et la transmission de connaissances aux générations futures étaient pour lui une garantie de progrès et de respect des conceptions et des travaux des anciens. Il accordait une grande place à la relation professeur/élève ou maître/apprenti.

En 1924, rentrant du Chili, Victor Auclair s’installe à Hossegor et participe à de nouveaux projets. Il décède le 19 mars 1928 terrassé par une crise cardiaque à l’âge de 61 ans.

Aujourd’hui, Victor Auclair demeure inconnu au Chili comme en France, et beaucoup s’étonnent, en redécouvrant ses ouvrages, de leur grande qualité en termes de résistance et d’esthétique. Certains furent détruits volontairement, pour faire place à d’autres projets immobiliers, d’autres subirent certains dommages du fait des nombreuses secousses subies par le pays depuis le début du XXe siècle. Mais la présence encore aujourd’hui de très intéressants édifices à Santiago témoigne de l’apport remarquable de Victor Auclair dans le domaine de la construction antisismique.

Hall d’entrée du club hippique

Merci au département de Saône-et-Loire d’avoir créé ce Musée

Ce faisant, les élus ont d’une part sauvé l’œuvre de Pierre-François Guillon et d’autre part, donné la possibilité à un large public de la découvrir.

Merci à madame Raoult, conservatrice du Musée départemental Pierre-François Guillon, ainsi qu’à tous ses collaborateurs et collaboratrices et d’une manière générale à tous ceux qui ont contribué à sortir de l’oubli Victor Auclair, en présentant avec fidélité son œuvre riche et des extraits du livre « Mémoires à deux voix » qui donnent vie à ce parcours…

Il n’est pas trop tard pour découvrir l’exposition qui se termine le 2 décembre.

Pourquoi ne pas terminer cet article avec un extrait du « Livre du bonheur » de Marcelle Auclair, fille de Victor :

« Sur le plan de la vie quotidienne, considérez chaque épreuve, même la plus petite, même l’agacement d’un verre cassé, même l’humiliation d’une offense reçue silencieusement, avec une immédiate pensée de pardon, comme un enseignement. C’est ainsi que vous deviendrez fort, et que vous serez armé d’armes de lumière, pour la conquête du bonheur. »

Cet article a été réalisé grâce au riche dossier de presse du Musée.

JPC

Musée départemental du compagnonnage,

98 rue Pierre-François Guillon – 71570 Romanèche-Thorins

Tel.: 03 85 35 22 02 – Fax: 03 85 35 86 83

site : http://www.cg71.fr/musee_compagnonnage/

couverture CMO 324

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Commentaires sur: "CMO n°324 – octobre 2012" (4)

  1. Bonjour… juste une petite précision qui me semble toute de même importante : Marcelle Auclair était la fille de Victor Auclair et non sa femme.

    • Bonjour, bien sûr vous avez raison, désolé pour cette erreur dorénavant corrigée!
      Nous vous remercions de votre attention.

  2. Alex Leclerq a dit:

    Moi je suis couvreur et j’ai toujours été fasciné par les oeuvres de M. Auclair. Merci beaucoup pour l’article

  3. Victor Auclair est une référence pour tous les charpentiers.
    Merci pour votre article très intéressant !

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