Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

My India is great!

Enfants de l'association Ashalayam

Je voudrais vous parler d’un voyage qui s’est déroulé il y a maintenant trois ans ; mais j’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ce retard, puisque, selon le vieil adage : « Mieux vaut tard que jamais ». Le cours des événements fait parfois bien les choses, car il a choisi de me faire écrire cet article en Avignon, à l’endroit même où ce voyage a commencé…

Novembre 2009

C’est au lendemain d’une copieuse Saint Eloi, comme la Cité des Papes sait les préparer, que le pays Thouvenot me proposa ainsi qu’au pays Trains de partir à Calcutta pour 3 mois. Deux ans auparavant, les pays Antoine Dassin et Julien Labruyère y étaient allés par le biais d’une association humanitaire : ASHALAYAM (« foyer d’espoir » en sanskrit).

Cette association a pour but d’aider les orphelins, enfants battus et démunis des rues de Calcutta et leur permettre  de se réinsérer. Ils sont arrivés là avec leur famille, s’exilant des campagnes pour échouer dans cette ville, pour quel destin ! Le plus grand nombre de ces jeunes se retrouve à la gare ferroviaire d’Howrah, terminus pour la désillusion. C’est là qu’une antenne de l’association sensibilise les enfants à son action, sans rien imposer, laissant aux enfants leur libre-arbitre, procédé qui, bien souvent, est suivi de réussite. L’association Ashalayam créée en 1985  possède plusieurs centres dans la grande ville de Calcutta. Elle propose aux enfants de réintégrer le cursus scolaire jusqu’à l’équivalent du bac. Pour ceux qui ont le plus de difficultés,  des ateliers de travaux manuels, ferronnerie, boulangerie et menuiserie sont proposés. C’est dans ce dernier domaine que nous sommes intervenus, volontariat humanitaire en menuiserie.

Lors du premier voyage, les pays Dassin et Labruyère avaient rencontré Christophe, un Français, sculpteur ébéniste de formation qui a bâti son entreprise dans la Cité de la Joie. Avant notre départ, Christophe nous a contactés pour nous demander si nous accepterions de partager le temps de notre séjour entre l’association et son entreprise, Terra Indica.

L’équipe de Terra Indica dédicace les tenons d'une porte

Terra Indica travaille en étroite collaboration avec Ashalayam, les jeunes y effectuent des stages et peuvent y être embauchés. Christophe a pris soin de s’entourer de personnes compétentes, dispensant des valeurs telles que le respect, l’entraide, l’assiduité, l’exemple, des valeurs véhiculées par le travail, le sport… autant d’appuis nécessaires à ces jeunes après leur expérience de la rue. En échange du logement et du couvert, Christophe nous a proposé de gérer deux projets importants, en nous répartissant dans deux  groupes composés de Mistris (menuisiers indiens autonomes dans le travail), d’apprentis, de jeunes en situation de découverte et d’un traducteur anglais/bengali… L’idée directrice de ces groupes était basée sur l’échange : nous leur apprenions  à utiliser un combiné à bois en toute sécurité et ils nous apprenaient à travailler manuellement. L’échange, vous l’aurez deviné, ne se limitait pas à ces simples activités. Christophe connaissait notre système de cours du soir, il l’avait d’ailleurs lui-même appliqué à son entreprise en assurant à ses jeunes employés des cours quotidiens d’anglais et de maths. Après notre arrivée, il a étendu cette action à la menuiserie : nous avons ainsi assuré des cours d’initiation Auto CAD, de technologie et de dessin technique, le tout en anglais bien sûr, et l’idée de nous donner des cours à nous-mêmes nous plaisait beaucoup.

Les projets réalisés: une porte sculptée...

... Et un ensemble de meubles

Pour ce qui est de l’association, chaque jour l’un d’entre nous partait pour le centre. Un mistri encadrait déjà les jeunes en formation, nous servions d’assistant, rectifiant les gestes, apprenant le français et le bengali, mais le plus important pour les enfants était de jouer avec eux.

Moment fort sur le terrain. Le sport, défouloir nécessaire à ces jeunes

Les deux mois se sont ainsi écoulés, au rythme des coupures de courant, du travail manuel, des mangues juteuses et des rires d’enfants, et finalement l’objectif professionnel a été atteint. Pour ce qui est du reste, l’échange sur le plan humain, culturel… nous n’arriverons sûrement pas à trouver les mots pour l’exprimer, mais simplement un conseil : VIVEZ-LE ! Les trois dernières semaines, nous les avons passées entre la fraîcheur du rivage de l’océan Indien et celle des contreforts de l’Himalaya au Sikkim ; puis ce fut le moment de partir, de rejoindre la France et les pays pour célébrer la Sainte Anne. Le retour fut difficile, un peu comme si  seuls nos sacs étaient rentrés mais que nous, nous soyons restés là-bas! Ce fut pour moi un voyage important :  le choc des cultures, la grande pauvreté mais aussi la grande richesse de ce pays, nous ont confrontés à une réalité plus humaine et permis d’avancer, comme quand on suit un faible rayon de lumière dans le noir, imperceptible mais porteur d’espoir. Désormais, je veille toujours à préserver cette lumière.

A Puri, ville balnéaire du littoral indien

Lac de Kectchopary, Sikkim

Thibault Delsol*

ashalayam.org

www.terraindica.com

* Thibault Delsol a remporté le second prix national « Avenir Métiers d’Art 2011 » de l’INMA dans la catégorie niveau IV, dont la remise vient de se faire le 11 avril au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.

Le prix et le palmarès 2011 (pdf)

Interview vidéo de Thibault Delsol


Couverture CMO 322

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