Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

François Hennebique, promoteur du béton armé

Immeuble Hennebique, rue Danton à Paris

Cet ingénieur français est né le 25 avril 1842 à Neuville-Saint-Vaast dans le Pas-de-Calais, il est mort à Paris le 7 mars 1921.

Dans sa petite ville natale de Neuville-Saint-Vaast, située entre Lens et Arras, on peut remarquer, au 64 rue du Canada, un médaillon portant l’inscription : « François Hennebique, inventeur de la construction en béton armé, naquit ici le 25 avril 1842 ». L’article de Guy Moire « A propos de François Hennebique », à lire dans ce numéro 320 de C&MO, rétablit ce qui n’était pas une vérité historique !

Apprendre un métier mène à tout, il fera sien cet adage toujours en vigueur et se lance dans un apprentissage de maçonnerie et rapidement décide de se mettre à son propre compte et part alors pour Bruxelles.

Il deviendra l’un des précurseurs du béton armé, coulant en 1879 sa première dalle dans ce matériau. En 1892, il construit son premier immeuble en béton armé au n° 1 de la rue Danton à Paris et y installe son entreprise avec comme slogan : « Plus d’incendies désastreux ».

En 1899, il conçoit et construit le premier pont civil en béton armé de France, le pont Camille de Hogues à Châtellerault. Afin de démontrer les possibilités exceptionnelles de son matériau, il l’employa pour bâtir, de 1901 à 1904, une demeure à l’architecture originale que l’on peut facilement remarquer en face du lycée Lakanal, près de la gare RER de Bourg-la-Reine, et la Halle de Longages (31410). Les constructions s’enchaînent ensuite : les docks de Manchester, le tunnel de Newcastle, le stade de Lyon…

A l’occasion de la fête des maçons, nous avons choisi de vous présenter quatre de ces réalisations, toutes  encore visibles dans notre pays.


L’immeuble 1, rue Danton

Façade de la rue Danton

Pour installer ses bureaux parisiens, l’ingénieur François Hennebique fit appel à l’architecte Émile Arnaud pour lui dessiner un vaste immeuble, dans le quartier Latin, rue Danton.

Beaucoup moins démonstratif que la Maison Hennebique de Bourg-la-Reine, restée bien plus étrange que célèbre avec sa curieuse tour ornée de dragons, l’immeuble de la rue Danton n’est pas moins intéressant, puisqu’il fut entièrement réalisé en ciment, jusqu’à ses faux moellons imitant la pierre de taille. Hennebique voulait ainsi prouver qu’avec son nouveau procédé, il était possible de tout réaliser, jusqu’à donner l’illusion de matériaux coûteux, que le béton pouvait très économiquement remplacer.

Ainsi, Arnaud fut-il chargé de dessiner un édifice cossu, de style apparemment très éclectique et aux saillies fortement marquées. De quoi impressionner la clientèle, tout en la rassurant sur les possibilités “classiques” du nouveau matériau ! Au vu du résultat, c’est un travail de coffrage exceptionnel qu’il a fallu réaliser, tous les éléments du décor, colonnettes, corbeaux, impostes… étaient moulés en même temps que les éléments qui étaient chargés d’en constituer le support.

Seuls les ornements en grès flammés furent des ajouts à cette structure unique, ils constituaient en outre les rares touches de couleur d’une façade extraordinairement blanche; n’étant pas produits par la maison Hennebique, leur présence est restée modeste!

Décor de grès Art nouveau

Ce sont des têtes de faunes, émergeant de rinceaux végétaux et des panneaux très classiques portant les initiales “S H” – pour “Système Hennebique”. D’autres panneaux en hauteur, aux teintes plus variées, apportent la note « Art Nouveau » à cet ensemble remarquable : des femmes ailées aux seins nus, de profil, encadrent le nom de “Hennebique”, le mot “système” étant placé au-dessus de leurs mains levées. Une carte postale et diverses publicités publiées dans les revues artistiques de l’époque font clairement état du succès de cet immeuble que je vous invite à aller voir.

Le pont Camille de Hogues  à Chatellerault

Le pont Camille de Hogues (photo: MOSSOT)

Du nom du maire de Châtellerault (de 1896 à 1904) qui a présidé à la décision de le construire.

S’il enjambe toujours la rivière « Vienne », un autre pont, plus large, accueille aujourd’hui le trafic routier.

On dit que le marché, sans doute très important pour l’entreprise Hennebique, fut gagné de la façon suivante : Au début de 1898, Maurice Dumas, agent de la société de François Hennebique dans la région, obtient la possibilité de présenter un projet en béton armé.

Le Conseil municipal se trouve alors devant deux projets :

            – un projet de pont métallique présenté par la Société des Ponts et Travaux en Fer d’un  coût de 204500 F

            – un projet de pont en béton armé d’un coût de 175000 F. Ce projet, élaboré par la société de François Hennebique proposait le premier grand pont en béton armé… La différence de prix fit sans doute pencher la balance pour ce procédé car à cette époque on se méfiait des nouveautés et surtout des risques inhérents à des procédés pas encore confirmés. Il faut reconnaître le courage de la firme et surtout celui de ceux qui lui ont fait confiance.

N’hésitez donc pas à vous arrêter pour voir cet ancêtre du viaduc de Millau!

 

La maison rue du Lycée Lakanal

Façade sur la rue et "minaret"

Inscrite depuis 1972 à l’inventaire général du patrimoine culturel,cette maison de François Hennebique fut construite de 1901 à 1904 en face du lycée Lakanal, près de la gare RER de Bourg-la-Reine.

Façade côté jardin

Cette villa familiale possède une architecture unique, une véritable vitrine des possibilités novatrices du béton armé : terrasse en encorbellement, tour minaret de 40 mètres de hauteur, faisant office de château d’eau destiné à l’arrosage par gravitation des serres et des jardins suspendus de la villa, portées importantes sans piliers, porte-à-faux, différences de niveau et saillies illustrent à merveille les possibilités offertes par ce matériau… Également à voir donc, et si l’ouvrage n’a pas l’élégance de celui de la rue Danton, le panel offert vaut bien le détour!

La tour et son réservoir d'eau

 

La Halle de Longages

Vue d'ensemble de la halle

Édifiée en 1907 d’après les plans de l’ingénieur Pierre Bouchet, la halle est réalisée en béton par la firme Hennebique ; d’inspiration art nouveau, elle dénote totalement dans un environnement où, région oblige, le rose des briques et des tuiles est la couleur dominante.

La particularité de ce bâtiment réside à la fois dans sa forme, dans le matériau utilisé et dans l’esprit ! Cet ouvrage se posait en effet en précurseur du renouvellement des programmes urbains du début du 20e siècle. Là aussi, il fallait oser !

Il serait d’ailleurs intéressant de connaître la réaction des habitants de Longages à l’époque du projet de construction d’un tel ouvrage au centre bourg. En effet, cette construction « révolutionnaire » venait en remplacement d’une halle très classique, composée d’un  hangar sur poteaux avec sa forte charpente en bois et ses appentis, prolongeant la toiture, telle une corolle… du classique s’il en est!

Ce nouveau bâtiment en béton  représentait sans doute une prouesse technique innovante… mais source de doutes au sujet de son intégration dans le paysage environnant, et qui a dû faire jaser dans les chaumières !

L'encadrement de brique des fenêtres, comme une concession à la tradition régionale

Actuellement, cette halle classée monument historique fait l’objet d’un projet de restauration en vue de recevoir la Bibliothèque municipale.

Monument à voir, pour l’audace dont il a fallu faire preuve pour imposer là cet ouvrage et pour imaginer la complexité et la qualité des coffrages nécessaires.

Quelques compagnons m’ont contacté, suite à l’article réalisé sur CMO 315 à propos du chantier de la gare d’Austerlitz à Paris et du béton en général. En particulier, Claude Pinloche compagnon charpentier de Limoges et Guy Moire, compagnon maçon de Paris qui apporte un éclairage intéressant dans l’article : « A propos de François Hennebique ».

Ces articles concernant le béton armé ont été réalisés grâce à diverses archives, à des recherches et réflexions personnelles et en collaboration avec les deux compagnons dévoués cités ci-dessus. Claude Pinloche m’avait alors fait remarquer, à juste titre, que j’avais transformé le nom de Hennebique en Hennique…

Merci également pour leur amabilité aux deux municipalités contactées, Chatellerault et Longages. Un travail collectif intéressant… Reste à savoir si j’en ai tiré un article « béton »!

JPC

Couverture CMO 320

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Commentaires sur: "CMO numéro 320 – octobre 2011" (2)

  1. barba.evelyne@orange.fr a dit:

    merci à tous pour ce travail.
    Pour le plaisir du travail bien fait et sa rigueur.

  2. Habertus a dit:

    Bonjour,
    J’aimerais connaître les patronymes des descendants de François (Benjamin, Joseph) Hennebique, car il semble que d’autres membres de sa famille se soient illustrés en tant qu’entrepreneurs et concepteurs.
    Si quelqu’un a quelques renseignements, il peut me faire signe.

    Merci d’avance

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