Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

Une roue toute en bois

Les moulins connaissent un regain d’intérêt, maisons cossues  pour riches bourgeois en mal du retour aux sources… quelques jours par an seulement, ou violon d’Ingres pour bricoleur averti, passionné du patrimoine.  Du grain à moudre, si j’ose dire, pour écolos de tous poils car là il est bien question d’énergies renouvelables ! A vent ou à eau, le principe mécanique est le même, une grande roue fait tourner pignons et engrenages, souvent en bois, qui actionnent meules, pilons et combien d’autres machines ! Ils permettent la production de farine, d’huile, de papier, de planches et madriers, car très souvent, en Savoie notamment, les roues à aube des moulins faisaient également fonctionner une scie à grumes. Tout cela grâce à l’emprunt de l’eau vive du cours d’eau, qui était restituée aussi pure, un produit simple et naturel qui pourrait bien un jour nous manquer. Des machines qui tournaient sans bruit, sans dépenses… sans pollution.

Intérieur d’un moulin à vent

Dans nos campagnes, tous les villages avaient leur moulin, voire plusieurs ; c’était le cas de Peyrat-de-Bellac où je suis né, et ce, jusque dans les années 60. Ils faisaient partie de notre paysage, ils nous faisaient la vie plus belle ; le moulin c’était la farine, le pain, les gâteaux, il mobilisait notre intérêt. Ah ! La roue tourne, et justement, dans le moulin, c’était elle qui nous fascinait, par sa masse, son architecture, sa puissance, plus que par son mouvement somme toute répétitif. La roue à aubes, toujours massive, de bois et de métal, campée sur un axe compact, lui-même appuyé sur des blocs de maçonnerie imposants.

Moulin à eau à Braine le Château, en Belgique (photo Pierre 79)

En comparaison, le moulin à vent avait de l’élégance, et quelle « technologie », tous ces engrenages en bois pour, non seulement actionner les meules, mais aussi permettre à la partie haute, dont le toit, de pivoter à 360°. Quelle légèreté, là plus de roue, mais des ailes, il était aussi question de voilure, et il fallait savoir la régler à bon escient pour éviter l’accident.

Moulin à vent de Dehéries

Encore l’énergie renouvelable ! Songez, un âne, attaché à un bras fixé à l’opposé de la voilure, sur la couronne de rotation de la partie haute du moulin, orientait les ailes face au vent en cherchant, lui, à s’en mettre à l’abri. Quelle époque où même les ânes savaient reconnaître d’où le vent soufflait !

La version hollandaise du moulin à vent, à Gassel

De ce regard général porté sur les moulins, je veux extraire ce cas particulier ; des amis chinois ont tenu à me faire découvrir, lors d’un périple spécialement organisé à mon intention, une roue à aubes de moulin, véritable chef-d’œuvre tant dans la conception que dans la réalisation.

Vue générale du moulin

J’ai eu envie de vous faire partager la découverte de cet ouvrage, implanté au nord de la province de Jiangxi, pas très éloigné de la ville de Jingdezhen, célèbre pour sa porcelaine. Construit tout en finesse, en bois et en bambou, sans un clou ! Un ensemble qui fait plus penser à la roue d’un vélo géant qu’à nos massives roues à aubes !

Une roue à rayons, comme celle d’un vélo

Un intéressant pont couvert, en bois, jeté sur la rivière, conduit à ce moulin dont la roue à rayons actionne divers mécanismes dont des maillets pour piler le grain.

Je laisse libre cours à votre imagination devant cette roue particulière, entièrement démontable ; comme pour la charpente, les artisans chinois préfèrent les clefs et coins  à la cheville. A remarquer aussi les astucieux entrelacs qui permettent de fixer ce qui tient lieu d’aubes à cette roue. Il existe différents types de roues à aubes, leur conception est directement liée à leur type de fonctionnement. Les plus massives sont celles qui sont alimentées par le dessus et par le milieu, celles qui sont alimentées par le dessous, comme la roue chinoise présentée ici, ne reçoivent que la poussée du courant, souvent  en faible déclivité et sans chocs ni poids, ce qui permet des conceptions plus légères.

Des « entrelacs » de bambou lient les aubes à la roue

Si, de façon majoritaire ces roues sont verticales, l’écomusée de la Grande Lande à Marquèze (40) présente une roue à aube en métal horizontale (elle n’est plus en fonction).

Ancienne roue à aubes horizontale à Marquèze

Aucun doute, en matière de construction, la Chine possède une belle culture.

JPC
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