Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

En ce début d’année, et quelques jours avant le nouvel an chinois, « Compagnons et Maîtres d’œuvre » vous propose justement de faire connaissance avec le patrimoine chinois et vous présente ses meilleurs vœux pour 2008.

RENCONTRE FRANCO-CHINOISE

Autour du patrimoine et de la formation…

Le mercredi 24 octobre les compagnons ont eu l’insigne honneur de recevoir une délégation chinoise au 161 avenue Jean Jaurès, un lieu historique du compagnonnage, pour une visite des chefs d’œuvre et pour aborder la partie historique du compagnonnage.

Cette délégation, émanant de la fondation Ruan Yisan, était accueillie par l’Observatoire de l’architecture de la Chine Contemporaine – Institut français d’architecture – Cité de l’Architecture et du Patrimoine, avec le soutien de l’Ambassade de France. Créée en 2006 à l’initiative personnelle du Pr Ruan Yisan pour promouvoir et soutenir la protection du patrimoine urbain, il s’agit d’une fondation bénéficiant de fonds privés, ne relevant pas d’un organisme d’Etat, fait peu commun en Chine. Ce séjour en France est l’occasion privilégiée de faire connaître les travaux de professionnels chinois menés par une poignée d’universitaires sur le terrain et de développer éventuellement de nouveaux potentiels de coopération, dans la logique du programme de coopération mis en place par l’Observatoire de la Chine contemporaine à l’IFA-Cité de l’architecture et du patrimoine avec des experts du Ministère de la Culture et de la Communication.

Dans ce cadre, plusieurs rendez-vous sont privilégiés : sur le terrain en France avec la présentation de la Mission Val de Loire, mise en place à la suite du classement au Patrimoine mondial (projet territorial d’envergure), sur le fonctionnement des fondations, et sur des rencontres avec un réseau d’artisans via la Fédération compagnonnique.

Une rencontre que nous devons à madame Françoise Ged, responsable de l’Observatoire de l’Architecture de la Chine Contemporaine d’IFA – Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Madame Ged connaît bien, comme sa fonction le laisse entendre, les particularités du patrimoine chinois, d’autant mieux qu’elle maîtrise la langue de ce pays. Elle était accompagnée d’une de ses collaboratrices, Amala Marx qui maîtrise également le chinois.

Avant de visiter les grands chefs-d’œuvre, nous avons abordé les légendes et l’histoire qui entourent l’existence de nos métiers, un long débat, animé d’une passion commune, un échange qui nous a permis de découvrir les similitudes mais aussi les différences qui existent entre nos deux pays ; et pas des moindres !

Ainsi au chapitre des points communs, nous apprenons que depuis l’époque Ming (1368-1644), ce qu’il est possible de nommer « un compagnonnage » existe en Chine. Est-ce réellement une surprise ? Peut-être pas, tant il est logique de penser qu’un pays qui a été capable de construire des monuments d’une telle qualité devait avoir une organisation capable d’assurer la transmission des savoir-faire.

Révélation aussi, Saint Joseph, patron des charpentiers, a son pendant chinois, il se nomme Lugan, et apparemment, il serait même plus populaire que notre Joseph ! Il aurait inventé trois outils : la scie, attention, celle qui coupe en tirant, contrairement aux nôtres qui coupent en poussant ! Le marteau, qui fait également hachette et le cordeau traceur, ancêtre chez nous du célèbre « cordex ». De nombreux temples sont dédiés à Lugan, le Professeur Ruan Yisan indiquant même qu’en Malaisie, chaque rue a un temple qui lui est dédié. Une icône fait également référence à Lugan, présente dans chaque famille, c’est devant elle que l’on prie, et dans cet ordre pour le ciel, la terre, le pays, les parents et le maître.

Enfin, la légende indique que Lugan aurait bâti un cerf-volant capable de porter un homme !

Concernant les différences, retenons la fameuse scie, qui coupe en tirant alors que presque toutes les nôtres scient en poussant*. Autre dissemblance, le contreventement des ouvrages, là, pas de liens mais plutôt un système de sablières doubles ou multiples et de consoles assemblées par emboîtement. La conception des ouvrages est également différente, jamais de blocage par chevilles, (ce qui explique l’absence de liens) des assemblages, ils doivent rester libres, et maintenus en place par des coins qui leur permettent de jouer en cas de déformations importantes limitant les risques de rupture.

Puis, nous avons effectué la visite des grands chefs-d’œuvre, une visite qui marque toujours ceux qui les découvrent, même si « l’écrin » n’est pas à la hauteur des joyaux, ils impressionnent par leur taille, leur complexité et l’harmonie qui s’en dégage. Un temps fort qui a favorisé le dialogue entre gens passionnés.

Le repas a permis de continuer les échanges et c’est dans une ambiance détendue que nous nous sommes rendus à Saint-Thibaud-des-Vignes pour une visite des ateliers, sous la conduite des compagnons Marc Bourdais et Louis Lemenu, responsables du site. Tout au long de la visite, nous nous sommes employés à renseigner au mieux nos hôtes et avant de se quitter, une table ronde a permis d’aborder des points plus précis, comme les systèmes de financement des formations et l’origine des moyens employés pour les investissements tant immobilier qu’en matériel.

La veille, en fin d’après midi, nous avions assisté à une conférence du professeur Ruan Yisan ; il exprimait tout son souci de sauvegarder un patrimoine malgré les difficultés inhérentes à la densité de population à Shangaï, qui est supérieure à celle de Paris et qui fait qu’il est bien difficile de sauvegarder un bâtiment de deux niveau alors qu’il y a un projet d’immeuble tour beaucoup plus rentable.

Autre paramètre perfide, le tourisme : il s’avère que le peuple chinois est sensible à son patrimoine, ce qui pourrait être une bonne chose, si, d’une part, l’afflux de personnes ne mettait pas les sites en danger et si d’autre part il ne poussait les gestionnaires de site à effectuer un ersatz de restauration afin d’appâter le touriste ! Autant de raisons qui ont présidé à la création, par le professeur Ruan Yisan d’une fondation attachée à la conservation du patrimoine.

En conclusion, j’espère que nous pourrons aller plus loin dans ces échanges car indéniablement, il y a des choses à apprendre comme nous l’ont laissé entendre les confrontation lors des olympiades des métiers.

JPC

* A bien réfléchir, en matière de sciage en tirant, je ne connais que l’antique « passe partout », cette longue scie à deux qui servait à l’abatage et au débit des arbres. Avantageusement remplacé par la tronçonneuse, cet outil est devenu un objet de Musée.

Lien : Un article intéressant, traduit par Courrier International, sur l’évolution de la vision de leur patrimoine par les Chinois, les difficultés posées par la conservation et l’intervention du Pr. Ruan Yisan.

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