Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

« Compagnons et Maîtres d’Œuvre  » vous présente ses meilleurs vœux pour l’année 2009.

EN CHANTIER à VAT PHOU

Le hasard, heureux ou malheureux, marque nos destinées, qui oserait le nier? Je pense aussi que la volonté d’aboutir peut influencer son cours, en tout cas, mon vécu me pousse à le croire!

Une  preuve: passionné depuis plusieurs années par la culture asiatique en général et en particulier dans le domaine de la construction,  je viens d’avoir la chance de participer à une mission  qui alliait les deux!

Ainsi, je me suis retrouvé au Laos pour une intervention sur le site de Vat Phou, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.

Ce chantier, est placé sous l’égide du ministère des affaires étrangères français, dans le cadre d’une coopération franco-lao, il est managé par Laurent Delfour, architecte des Bâtiments de France. Pour l’Etat Laotien, le directeur du Service de l’Amenagement et de la Gestion du site du patrimoine mondial de Vat Phou Champassak  est monsieur Khankham Kenboutta.

Le pays

Le Laos est un pays tout en longueur de 236.800 km², peuplé de 5.635.967 habitants, soit 24 habitants au kilomètre carré. La capitale est Vientiane (environ 700.000 hab.), la monnaie est le kip, 1 euro valait en mai 13.500 kips, à titre indicatif, 12 bananes me coûtaient 2000 kips.

Le Mékong est la frontière naturelle du Laos avec, en partant du Nord, la Chine, la Birmanie, la Thaïlande et le Cambodge, excepté deux enclaves sur l’autre rive, une vers la Thaïlande au niveau de Louangprabang et  de Vientiane et la seconde, au niveau de Paksé, toujours vers la Thaïlande, avec une partie jouxtant également le Cambodge.

Superbe, mais chaud! À la sortie de l’avion, j’ai eu l’impression d’entrer dans un four! Ça, c’était dur, mais le reste en valait la peine! Des fruits, des fleurs et cette agitation… dans le calme…

Des couleurs, des senteurs, l’odeur des frangipaniers me poursuit encore… le goût des mangues… les flamboyants… les papillons, sur le site j’en ai vu un gros comme un oiseau!

Et la cuisine, j’ai mangé quelques plats aux saveurs extraordinaires.

Si je devais faire un choix, je dirais que c’est le site de Vat Phou et Champassac qui m’ont le plus marqué, peut-être parce que c’était la campagne, une vraie nature, ses maisons, ses rizières… le Mékong… certainement aussi grâce à la rencontre avec ces hommes sur le chantier.

Éternelle question que l’on pose, celle dont la formulation a tendance à influencer la réponse: Sont-ils pauvres? C’est non, pas plus que nous en tous les cas, mais comme chez nous, beaucoup vivent modestement.

Certes, beaucoup d’enseignes donnent à croire que les intérêts économiques échappent aux indigènes… Qu’en est-il chez nous? Pouvez-vous dire à qui appartiennent les grands groupes? Certainement pas!

Les statistiques donnent une espérance moyenne de vie de 55 ans contre 80 en France, mais, en définitive, ne vivent-ils pas pour eux et leur famille, autant et plus que nous?

Tous ont une maison, les plus modestes sont en bambous, mais c’est leur toit. Lors des 700 km en voiture (et encore plus au retour par avion) pour me rendre de Vientiane au site de Vat Phou, j’ai pu constater que beaucoup vivaient de cultures sur brûlis, pas d’engrais, mais une nature généreuse pour ce peuple de cueilleurs et de pêcheurs.

Peu de voitures pour les autochtones, de petites motos, avec lesquelles ils font des transports impressionnants, montagnes de casiers d’œufs, vitrages imposants… rarement «plus de quatre» personnes prennent place sur ces motos peu bruyantes, qu’ils conduisent prudemment. Autre moyen de transport, des sortes de triporteurs, plus ou moins spacieux, les «touc-touc».

La traversée du Mékong se fait par bac, de chaque côté des marchands proposent fruits et légumes, quelques femmes et enfants accompagnent la traversée en proposant différentes soupes, boissons et divers objets de leur fabrication.

Alors, un éden le Laos?  Sans doute pas, les paradis n’existent, trop souvent, que pour ceux qui ne font que passer, mais un dépaysement intéressant pour un Limousin. Un célèbre guide de voyage résume sans doute les attraits du pays d’un commentaire: «vaut le détour!».

Le site

L’histoire

De deux siècles l’aîné d’Angkor, l’ensemble religieux de Vat Phou, d’architecture khmère et de religion hindouiste, est situé au pied d’une colline des monts Pasak dont le point culminant, le Phou Kao, attire particulièrement l’attention par sa forme, identifiée dans l’antiquité à un Linga, symbole phallique de Shiva, d’où son nom ancien de Lingaparvata, et sa réputation de montagne sacrée. La présence d’une source permanente, au pied d’une des falaises, a vraisemblablement incité les anciens rois de la région à installer là un sanctuaire shivaïte.

Associée à cet ensemble religieux se trouve, dans la plaine au bord du Mékong, une ville pré-angkorienne dont les vestiges (enceintes de terre crue, nombreux monuments de briques) sont actuellement à peine visibles au sol, quoiqu’ils apparaissent très bien sur les photographies aériennes. Depuis 1991, des fouilles sont menées par le P.R.A.L. (Projet de Recherches en Archéologie Lao), qui en a établi une carte archéologique précise.

Des inscriptions des Ve et VIe siècles mentionnent un temple dans la montagne, contemporain de la création de la ville, mais celui-ci a disparu, remplacé par l’ensemble religieux que l’on voit maintenant, et qui fut construit dans la première partie du XIe s. avec quelques ajouts et reconstructions des XIIe et XIIIe siècles.

L’ensemble est orienté selon un axe est-ouest, et depuis la plaine, escalade le flanc de la montagne pour aboutir au sanctuaire, situé sur une terrasse au pied de la falaise où coule la Source sacrée.

Venant de la plaine et donc de l’est, on rencontre d’abord deux grands barays, lacs artificiels à fonction religieuse et pratique (ils représentent l’océan qui entoure la terre et servent de réservoir), puis une terrasse en grès (sur laquelle est construite un pavillon moderne). Une allée bordée de bornes conduit ensuite à une vaste esplanade sur laquelle se font face deux bâtiments (en grès et latérite) aux frontons magnifiquement sculptés, du début du XIe s. (période de Koh Ker), constructions rectangulaires à cour intérieure, dont la fonction, certainement religieuse, est mal définie.

État des lieux

Le site est immense, je l’avais découvert sur Internet, je vous invite à consulter (tapez Vat Phu ou Phou sur un moteur de recherche et vous aurez le choix!), une allée bordée de bornes d’aspect phallique, laisse sur sa droite les deux lacs cités ci-dessus, elle conduit à la première des cinq terrasses, là où sont implantés les palais Nord et Sud. C’est sur des éléments de ces deux constructions que je dois intervenir (voir plan de situation).

L’appellation qui leur est traditionnellement consacrée de «palais des hommes» et  «palais des femmes» est sans fondement scientifique.

Des blocs de grès ou de latérite*, dont certains pèsent  deux tonnes et plus composent les murs, taillés, on peut même dire ajustés, tant certaines liaisons sont complexes (inutilement?) à la perfection, aucun liant, posés à sec! Les ouvertures sont ornées ou protégées, je ne saurais dire,  par un baraudage massif dont les éléments, réalisés dans les mêmes matériaux, sont circulaires, comme tournés! Chaque porche d’accès a son escalier,  massif lui aussi, les encadrements des portes sont sculptés finement d’entrelacs indéniablement d’inspiration bouddhiste.

Ah! C’est Géant! Mais un compagnon ne découvre quand même pas à 60 ans l’antériorité du savoir-faire des  hommes  en matière de construction, assez de monuments historiques subsistent pour nous laver de tout doute. J’ai pourtant été surpris: dans le montage des blocs, l’absence de liant même s’il s’agit là d’un ensemble de maçonnerie imposant, est compréhensible, c’est plutôt le mode d’assemblage qui   m’a étonné. On peut parler de maçonnerie «menuisée», tant les encadrements de toutes les ouvertures sont complexes, avec tenons et  coupes d’onglets, sur des blocs de pierre dont certains atteignent les 3 mètres de haut pour une section d’environ 0,70 x 0,35. Pas facile à tourner sur l’établi!

Autant d’adresse chez l’homme ça se respecte, mais alors comment ont-ils pu «louper» le plus simple? Imaginez tous ces blocs assemblés sans croiser entre eux! Incompréhensible, une lacune de débutant appareilleur chez de grands professionnels de la taille de pierre! Ce manque sera l’une des raisons de l’effondrement partiel du temple, la plus importante résidant dans le tassement des fondations, lié au déversement non canalisé de la source, suite au long abandon du site.

À ce jour, il en résulte un chaos impressionnant, superbe, où l’on peut voir ces blocs tenant en l’air comme par miracle. Résultat de la masse et de ces fameuses coupes d’onglets des encadrements.

La mission

Arrivé à Vientiane, la capitale, en avion,  j’ai relié le site de Vat Phou en voiture avec Laurent Delfour, l’architecte des Bâtiments de France en charge du chantier.

Il s’agissait de lancer un chantier d’étayage d’une part des ruines en vue d’un démontage des blocs de pierre le composant, pour ensuite, dans la deuxième phase du projet, remettre en place, à l’identique de l’existant actuel, ces fragments de l’histoire de l’architecture khmère.

En 15 jours, il fallait donc avancer un maximum le chantier pour qu’ensuite l’équipe lao puisse le terminer.

L’équipe, une dizaine de laotiens et parmi eux, deux jeunes architectes qui devaient assurer la suite, avait réalisé quelques relevés; arriver d’ailleurs, avec un prétendu savoir, installe toujours en moi une certaine gêne. Entre susceptibilité et barrière de la langue, il faut savoir installer une confiance mutuelle indispensable. J’aurai eu, là aussi, la chance de rencontrer des hommes particulièrement volontaires. Dès le départ, nous nous sommes compris; la matière, une fois de plus, réunissait les hommes!

Dévoués à mon égard, et qui plus est doués, malgré le retard accumulé par la recherche des matériaux et le matériel, au deuxième jour de chantier j’étais rassuré, ils seraient sans problèmes capables de terminer le chantier.  Alors que nous n’avions que quelques mots d’anglais pour communiquer… et des croquis très utiles, ils assimilaient rapidement. On peut se demander comment, dans son propre pays, avec une langue commune, on peut avoir souvent tant de problèmes à faire passer le message, et en général à former les hommes?  Problème d’envie!

Mes sentiments

Chaque mission  de ce genre a ses particularités, je n’ai personnellement jamais été déçu par mes expériences à l’étranger, et, de celle-là, je garde un souvenir ému, le sentiment d’avoir rencontré des hommes d’exception, l’équipe, l’encadrement laotien du site et Laurent Delfour dont l’accueil, l’accompagnement et la présence discrète ont été sécurisants donc importants pour moi. Merci à tous de leur compréhension, et bravo pour leurs compétences!

JPC

*Latérite, elle provient de l’altération superficielle des roches silicatées ou carbonatées  sous l’action des agents atmosphériques, en climat chaud et humide: c’est le phénomène de latéritisation ou ferrallitisation.

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