Le magazine de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment

Le numéro 302 de la revue de la Fédération Compagnonnique inaugure ce blog qui vous permettra de découvrir ce journal consacré au compagnonnage, au patrimoine, au voyage…
Chaque trimestre, vous pourrez prendre connaissance du sommaire de Compagnons et Maîtres d’Œuvre en consultant le pdf de la couverture, lire un article ou des extraits de la revue…
Ci dessous donc, un premier article mis en ligne, bonne lecture !

LA TOUR EIFFEL ET LES COMPAGNONS

Les Éditions Taschen viennent de rééditer l’intégralité des deux grands volumes in-folio, dont Gustave Eiffel était l’auteur éditeur, d’une première édition dont il n’avait été tiré que 500 exemplaires numérotés, dont un exemplaire se trouve au siège des compagnons charpentiers de Paris.
Cette réédition réalisée, elle, en un seul volume, restitue la totalité de l’édition d’origine. Le corps de l’ouvrage est divisé en huit parties. La première traite des origines de la tour et des principes de l’exécution. La deuxième partie, assez importante, explicite les calculs et la description de l’ossature, avec le détail des fournitures. La troisième partie porte sur l’exécution des travaux, les fondations et les parties métalliques. La quatrième partie est consacrée aux « organes mécaniques », à savoir les ascenseurs, dont la minutieuse description n’occupe pas moins de quatre-vingt-trois pages. La cinquième partie expose les dépenses de la construction et des travaux complémentaires et donne des chiffres sur l’exploitation de la tour depuis sa construction. La sixième partie décrit en détail les applications scientifiques diverses conduites sur la Tour, particulièrement chères à Eiffel. La septième partie raconte l’histoire de la Tour pendant l’Exposition de 1889. Enfin la huitième décrit les modifications réalisées en vue de l’Exposition de 1900, principalement les nouveaux ascenseurs Fives-Lille et les modifications des étages.
Le volume de planches présente un assemblage de très nombreux dessins regroupés sur cinquante-trois planches en double format, montées sur onglets, ainsi qu’une carte des environs de Paris montrant le territoire visible depuis le sommet de la Tour. Elles résument les quelques quatre mille trois cents plans généraux et d’exécution qui ont été nécessaires à la fabrication de la Tour, des fondations aux aménagements des étages…
La Tour Eiffel est-elle montée sur vérins ? Quels étaient les moyens de levage ? Et tant d’autres questions qui ont souvent reçu des réponses fantaisistes… grâce à ce livre trouvez toutes les réponses, et découvrez enfin comment nos pairs ont réalisé ce levage.
Bien d’autres choses vous attendent dans cet exceptionnel ouvrage ; amateurs de chiffres vous serrez comblés ; découvrez aussi l’ambiance autour d’un projet qui ne laisse pas les Parisiens indifférents, il a ses détracteurs ! Lisez cela dans le chapitre : « la protestation des artistes », au nombre desquels figurent Gounod, Maupassant, Dumas fils…
Un projet qui était loin de faire l’unanimité, avant de connaître un succès public qui ne se démentira jamais.
Par l’image, mesurez l’importance prise par la charpente bois dans ce montage, vous imaginerez alors le travail qu’il y avait pour réaliser étayages et échafaudages en bois.
Comment douter qu’une renommée d’exception précédait ces hommes ? Voilà sans doute une première réponse à ce choix effectué par Eiffel, d’autres raisons peuvent être avancées : ils connaissent le travail en hauteur et sont donc censés ne pas avoir le vertige (voyez sur les nombreuses photos de ce livre la conception des échafaudages !), ils savent lever des charges à l’aide de moyens simples et fiables (les plus jeunes des nôtres découvrirons ces systèmes de mâts et chèvres de levage). À ne pas négliger non plus le fait que ces hommes, liés par leurs rites, feront corps dans la difficulté.
Des difficultés il y en aura ; quelle prouesse de réunir les quatre pieds et le premier niveau, comme la marge de manœuvre devait être mince pour enfiler les rivets de ces pièces usinées, donc percées en atelier… là, il valait mieux sans doute prévoir, même l’imprévisible !
Alors, en définitive, on peut se demander si Eiffel avait un autre choix pour ce levage?
Milon est cité, directement placé sous l’autorité de Jean Compagnon, il est «le gâcheur», responsable de cette équipe composée de nombreux compagnons issus des deux sociétés de charpentiers.
Vous ferez plus ample connaissance avec Eiffel, l’homme, le savant, ses réussites, ses espérances, sa période sombre avec l’affaire du canal de Panama…
Quelle épopée pour le compagnonnage… On en parle encore ! Elle commence par une grande première, les charpentiers du Devoir de Liberté (devoir de Salomon) qui résident à Mabillon et les charpentiers du Devoir (Soubise) qui, eux, sont à la Villette, vont travailler ensemble à ce levage. Oh, tout n’est pas simple, il faut oublier querelles, griefs, et horions qui ont empoisonné les rapports entre ces deux rites.
Cela fait, rien n’est gagné ! Nous sommes en pleine révolution industrielle, on va vers l’automatisation des gestes, la construction métallique qui est en plein essor s’y prête bien… On dit que le compagnonnage va disparaître… Alors ces charpentiers bois doivent-ils monter cette tour en métal, concurrente directe de leur cher métier ?
Dire oui, c’est prendre le risque de faire la promotion de « l’ennemi » ! Autant de débats, couchés sur des procès verbaux, qui sont toujours là en possession de ceux qui sont devenus, après la fusion entre ces deux rites charpentiers, « les compagnons charpentiers des Devoirs »… Dans leur fief de La Villette. Là, ils côtoient nos grands chefs-d’œuvre, ces pièces uniques au monde qui témoignent de siècles de savoir-faire…
Conscients des enjeux de cette proposition de levage, ils répondront : capables ! Un avis favorable qui sera un bien pour le compagnonnage ; l’avenir prouvera qu’il y avait plus à gagner qu’à perdre dans cette affaire. La construction métallique fera son chemin, sans toutefois provoquer la mort de la charpente bois, il y aura des solutions de mixité de bon aloi, qui ouvriront de nouveaux horizons aux bâtisseurs.
Heureuse coïncidence que la sortie de cet ouvrage, au moment où CM&O pensait utile, pour la mémoire, de parler de cette histoire de la Tour Eiffel, qui est aussi la nôtre. Merci Eugène Milon, Guépin le Soutien de Salomon, compagnon charpentier du devoir de Liberté, né à Loury dans le Loiret, et à tous les autres, qui ont porté haut les couleurs du compagnonnage. Milon restera fidèle à Eiffel, effectuant plusieurs levages d’ouvrages métalliques pour lui. À ses obsèques, Eiffel dans un discours élogieux, dira tout le bien qu’il pense de ce compagnon, fidèle collaborateur qui a su s’élever (bien avant la VAE) au plus haut rang.
On peut quand même regretter le peu de cas fait de la masse ouvrière, heureusement que Milon était « un tout bon », si non, pas un mot ! Le documentaire présenté par France 3, s’il était très intéressant sur l’évènement Tour Eiffel, n’a retenu de l’œuvre du travailleur manuel que la pose des rivets… en somme, pour nous, un travail d’ouvrier spécialisé !
Un livre souvenir à découvrir pour mieux apprécier cette part importante de notre histoire.
JPC
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